Portrait : Ma vie d’agent : Patrick, grutier, sur la route du recyclage

Depuis 3 ans, Patrick évolue comme grutier à l’agglo et sillonne le territoire au volant de son camion grue pour les ordures ménagères et les flux recyclables. Collecte des points d’apport volontaires, jolis paysages, matériel de qualité, mais aussi parfois incivilité et dépôt sauvage... Découverte d’un métier discret mais essentiel, aux enjeux parfois méconnus, où attention et sécurité priment au quotidien.

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« Je suis un grand gosse ! Une moto, un camion…
et surtout une grue ! »

« Quand j’étais jeune, j’avais ma mobylette. Dès que ma mère me donnait trois sous, je partais… et je ne revenais que quand le réservoir était vide. » La route comme terrain de jeu, les moteurs comme passion : le décor était posé. Aujourd’hui, à 56 ans, Patrick fait partie des quatre grutiers de l’agglomération. Chaque jour, il sillonne le territoire pour collecter les points d’apport volontaires à bord d’un camion-grue : « j’aime conduire un camion à l’origine, mais alors une grue ! On joint l’utile à l’agréable au travail, c’est merveilleux ! », plaisante Patrick au volant de son 36 tonnes.

Avant de rejoindre la fonction publique, ce père de famille passe 17 ans comme chauffeur super lourd dans le recyclage, travaillant de nuit tout en rénovant sa maison le jour.

Il devient fonctionnaire en 2019, d’abord en tant que ripeur dans le Jura, puis comme chauffeur grutier. Il y a bientôt trois ans, sa mutation le mène jusqu’à Graulhet. Originaire de Lorraine, ce père de famille a toujours eu un rêve, celui de descendre dans le Sud. « C’était mon objectif. », nous sourit-il aujourd’hui.

Entre route et responsabilité : le métier de grutier

Patrick prend son métier à cœur et mesure pleinement les responsabilités qui lui incombent : « Mon métier m’incite à me mettre moi, mais aussi les autres, en sécurité », confie-t-il simplement. Car derrière la manœuvre précise de la grue se cache une vigilance constante. À ses yeux, calme et sang-froid sont indispensables pour exercer ce métier :« On conduit quand même des 26 tonnes dans des centres-villes ! ».

Petites routes de campagne, itinéraires barrés, aléas de circulation, colonnes parfois difficiles d’accès… Chaque tournée demande son lot d’adaptation. Et les conditions ne sont pas toujours simples : « L’hiver, c’est la pluie et le vent. L’été, ce sont les odeurs… Il faut s’adapter ! ». Certains jours, il faut aussi savoir encaisser les incivilités. « Le mois dernier je me suis encore fait insulter », relativise Patrick. Car malgré tout, il préfère regarder le bon côté : « Les gens finissent par nous reconnaître. Parfois on nous applaudit, on nous laisse passer… ça met le sourire ! ».

La tournée en chiffres

Chaque jour, la collecte représente des volumes importants :

  • jusqu’à 26 colonnes d’ordures ménagères
  • environ 400 kg par colonne
  • jusqu’à 6 tonnes de tri recyclables
  • environ 200 kg par colonne de tri

Et après ? Une fois sa tournée terminée, Patrick se rend à la déchèterie de Gaillac ou directement au Centre de valorisation de Labessière-Candeil. Le camion est pesé, puis les déchets poursuivent leur transformation, notamment en balles de papier recyclé.

La satisfaction du travail bien fait

Avec l’expérience, Patrick s’est vu confier davantage de responsabilités, notamment dans la gestion des plannings et des tournées. Une le matin, une l’après-midi, et une rencontre entre collègues au moment de se passer les clés pour faire un point sur l’avancement de la journée. « Parfois, quand on peut, on avance l’autre sur sa tournée. Mais l’essentiel est de récupérer un camion vidé pour ne pas se faire coincer par les horaires. »

Sa plus grande satisfaction ? « Savoir que le travail est fait… et bien fait. » Mais certains jours, le planning se resserre : « Parfois mon chef m’appelle car des trappes sont bloquées, les gens y mettent des couettes ! ». Des objets qui n’ont pourtant rien à faire dans les ordures ménagères, et qui provoquent aussi l’accumulation de sacs autour des PAV.

« On est aussi réactifs que possible », explique Patrick : « si on ne passe pas le jour même, ce n’est pas 3 ou 4 sacs qu’on va récupérer, mais 20 ! ».

Une réalité de terrain qui demande donc réactivité, organisation et sang-froid pour un métier discret mais essentiel au quotidien du territoire, porté par une passion qui, elle, n’a jamais vraiment quitté l’enfant à la mobylette.